LAG BAOMERJeudi 14 Mai 98, (debut la veille)33 eme jour de l"Omere, est le "Yom Hilloula" (anniversaire de deces) de l'illustre Rabbi Shimon Bar Yohai "Tana" (repetiteur) du 2eme siecle de notre ere, auteur presume ou tout au moins inspirateur du "Sepher HaZohar", (Le livre de splendeur), l'ouvrage le plus important de la litterature cabbalistique. Cette journee est fetee par des danses, des feux de joies et l'occasion d'un pelerinage a Har Meron en Galilee (Israel) ou se trouve la tombe de Rabbi Shimon Bar Yokhai et de son fils Rabbi Eleazar. LE LIVRE DE SPLENDEURil est essentiellement un commentaire du Pentateuque; le commentaire du "Sepher Bereshit" (Genese) occupe a lui seul la moitie de l'ouvrage il est compose de 3 fois 300 folios, ou 3314 pages dans la traduction Francaise. Le "Zohar" est construit a la maniere du "Talmud" et du vieux "Midrach", articulant des exposes de plusieurs Rabbis, des entretiens ou chaque interlocuteur rapporte un avis; des enseignements suivis de discussions entre maitre et disciples, des recits de type "Hagadique" ou merveilleux, rencontres bouleversantes, interventions inattendues se succedent. Les paroles de ces Rabbis sont surtout echangees en chemin, a l'occasion de voyages. Les compagnons d'etude sont ici des compagnons de route. Alors que le "Talmud" correspond a la posture de l'homme assis (l'ecole Talmudique se dit "Yeshiva" qui veut dire assis), le lecteur du "Zohar" est invite a prendre celle du voyageur, l'homme en marche. Le "Zohar" nous presente les personnages et les evenements que nous decrit la Thora comme ayant une signification esoterique, et devoile a partir de ceux-ci une vie superieure, divine et sainte. Ceux-ci sont donc des doubles d'entites spirituelles, le "Zohar" ne nie pas le "Pshat" realite historique des recits de la Thora; les personnages et les histoires rapportes dans la Thora ont bel et bien existe, ils ne sont pas de simples reflets; ils se sont eleves par leurs merites a cet etat de transparence qui permet de voir a travers eux le plan superieur de la vie divine, d'assister, en les observant, au spectacle des lumieres emanees de l'infini. LA KABBALEL'adverbe "Kabal" se traduit par : vis-a-vis, en presence de. Ce qui est recu, ce en face de quoi on est en presence c'est la Sagesse d'en-haut. Cette Sagesse est cette loi orale que Moise "Kibel" a recu sur le Mont Sinai en meme temps que la loi ecrite. Exterieurement le kabbaliste ne se distingue en rien des autres juifs de la Communaute d'Israel; il dit les memes prieres, effectue les memes rites; mais, sa faculte de percevoir le Createur, grace a son initiation kabbalistique, confere un sens plus pur a ces prieres et a ces rites que celui du commun. Il eleve et reunit ainsi a sa source, non seulement son ame, mais aussi par son intermediaire, l'ensemble du peuple juif et le monde entier. Il n'y a pas un seul verset de la Thora quelque insignifiant qu'il paraisse au premier abord qui ne renferme plusieurs sentiers conduisant au mystere de la Sagesse supreme. Le sens est dans les mots, et plus on penetre a l'interieur du mot, plus on trouve de sens. Celui-ci se degage des mots meme, parfois il faut l'en arracher comme le metal du minerai; et c'est ce que font les Kabbalistes, ils font eclater le texte au-dela de sa formulation litterale. Dans la kabbale, le monde sensible et le monde suprasensible ne sont pas deux univers separes, il n'y a pas d'abimes entre le ciel et la terre, mais tout derive d'un meme point et appartient a la meme realite. Au sein des fondements de la matiere inanimee, au coeur du feu, de l'air, de l'eau, de la terre, luit un rayon emane de la lumiere divine, scintille une etincelle qui n'est pas separee de sa source d'en haut mais est reliee a elle par tout un reseau de correspondance, d'enchainements complexes, de connections multiples. Alors que le D_ieu des philosophes parait a-pathique et impassible (sans passion), le D_ieu des cabalistes est sympathique. Cette structure passionnelle et active en D-ieu est revelee sous la forme des "Sephirot" (Voir Emor: Les dix lumieres) elles sont les passions parfaites, parties integrantes de la pensee divine. L'HOMME PIVOT DES MONDESLa kabbale souligne que nos sens ne sont pas en mesure de percevoir le monde spirituel qui nous entoure, et que notre univers est une infime partie d'un systeme complexe, et notre monde en est le centre. elle nous apprend un langage qui nous permette de ressentir et de communiquer avec ce monde spirituel. L'attrait pour la kabbale est lie au fait que les hommes se cherchent ils essayent de comprendre le but de leur vie sur terre, ou ils vont et d'ou ils viennent, ou se trouve la source de leur origine. C'est donc essentiellement une recherche de soi-meme qui conduit a cette necessite de chercher la source de vie. La kabbale permet l'etude des actions divines, par cette connaisssance l'homme peut se rapprocher de D-ieu, et ainsi est de plus en plus apte a ressentir ce qu'il etudie. L'homme a ete la derniere des creations de D-ieu, il recapitule en lui l'ensemble des forces de l'univers; des echantillons de chaque monde de chacun des innombrables mondes inferieurs et superieurs, se retrouvent dans la substance de l'humain. L'homme est intimement lie a l'univers: chacun de ses membres et de ses organes correspond a l'un des mondes et a une des forces. En agissant, il n'agit pas seulement sur lui-meme et son entourage immediat, mais il exerce une influence cosmique d'une universelle efficacite. Quand l'homme par l'intermediaire de ses organes met en pratique l'un des quelconques six cent treize preceptes, il agit en meme temps sur la force du monde superieur correspondante a cet organe, lui accordant ainsi un surplus de lumiere et de saintete. C'est par la domination du corps, microcosme qui recapitule en lui l'ensemble des mondes, que l'ame exerce son influence sur les mondes superieurs. D'ou l'importance capitale de la pratique des "Mitsvot" (commandements) et de l'etude de la Thora qui sont le moyen adequat pour eveiller l'epanchement de l'influx divin a travers l'ensemble des mondes. A QUI S'ADRESSE LA KABBALECependant l'etude de la Thora ne se justifie que dans l'observance de celle-ci. L'etude n'a de sens que dans la mesure ou elle devient une meilleure comprehension de la pratique religieuse. Toute pensee ne vaut que par sa mise en oeuvre dans le rite. L'etude et la priere, indissociablement liees, forment pour la kabbale une seule voie. La doctrine kabbalistique ne se comprend que dans la mesure ou elle est vecue a travers les preceptes de la Loi, et c'est justement en cela qu'elle est kabbalistique et non philosophique ou theologique. Sa connaissance de D-ieu n'a de sens qu'au mode actif, en tant que demarche vecue; compris comme le resultat de cette demarche il n'est plus kabbale, mais "science exterieure". La raison de l'interdit de divulguer les techniques kabbalistiques est que trop de charlatans ont detourne ces techniques pour leur propre profit, en pratiquant envoutements, prophetise, abusant ainsi la confiance d'autrui. Les secrets de la Thora ne peuvent etres enseignes qu'a des juifs pieux craignant et respectant D-ieu. Certaines regles pratiques telles que: recettes de preparation a la contemplation, technique de priere, qui sont en fait le coeur de la kabbale, ne doivent pas etre mises entre les mains de non juifs inaptes ou de juifs insuffisamment prepares, car ces techniques appliquees en dehors du contexte religieux du judaisme risqueraient de devenir une simple mecanique. Voila le danger. Peu importe en effet que des procedes d'exegese comme la "Guematria" (science des nombres) detaches de leur fondement juif, tournent a vide, ils ne peuvent faire de mal a personne, mais il n'en est pas de meme des techniques de priere. Vivre l'histoire d'Israel a travers les rites et le culte c'est a la fois mener une existence de Justes et retrouver en soi le monde sephirotique. En ce sens l'observance rejoint l'imitation de D-ieu. Il n'en est pas autrement de la doctrine. Extraite sans precautions de son contexte religieux, la kabbale peut passer pour un traite d'algebre spirituelle mais, dans l'esprit du judaisme, cette algebre n'a de sens qu'en tant que caution intellectuelle et tremplin moral du sentiment religieux. Pour le plus legaliste et pour le plus philosophe des cabalistes, la valeur centrale de la kabbale demeure la "Devekout" (adhesion a D-ieu). La kabbale s'adresse au juif pieux et elle exige d'etre vecue elle n'est pas seulement technique ou art de penser, metaphysique ou exegese; elle ne veut etre ni systeme philosophique logique ni une ethique, ideale mais hors de portee quotidienne. Elle est avant tout un mode de vie spirituelle; elle reclame de chacun de faire le "Tikoun" (reparation) selon ses propres moyens, sans se soustraire aux necessites de la vie. La meditation kabbalistique authentique necessite d'integrer l'esprit de la kabbale a sa vie meme. Elle est donc beaucoup plus qu'une construction speculative de l'esprit: c'est reellement une demarche de vie. |